La page, modèle universel de construction ?

Attention lecteur ; ceci n’est pas un dogme, une prétentieuse expression d’un savoir confirmé ou même un compte-rendu de recherches sérieuses, non ! Ceci est une réflexion toute simple fondée sur l’étymon commun de deux mots latins, c’est la libre expression d’une rêverie sur le réel et sur le fonctionnement de l’entendement humain. Rien d’exhaustif, rien de prouvé, rien non plus de disputé… le simple plaisir philosophique du vagabondage de la pensée, et de son partage.

Tout commence dans la lecture d’un ouvrage de Michel Serres[1], et dans l’étymologie latine. « Pango », verbe qui signifie « ficher dans le sol », « planter », « fixer solidement », « établir », est à l’origine à la fois du vocable désignant la page : « pagina » et de celui désignant le champ : « pagus ». Ainsi sont assimilées, par la racine des mots, les lignes des vignobles ou des sillons formés par la charrue à celles tracées par le copiste pour régler son ouvrage. Mais ce que dit Michel Serres va plus loin ; d’après lui la page nous guide, nous conduit, parce qu’elle est partout. En fait, c’est la forme quadrilatérale qui semble omniprésente dans les différentes manifestations de la pensée humaine. Le champ, d’abord, a cette forme en quatre côtés.

Champs de culture circulaires aux Etats-Unis

Si les Américains nous ont démontré qu’il était intéressant de créer des champs circulaires, afin de minimiser les pertes d’eau par une irrigation sur pivot, ces cercles sont néanmoins enfermés dans des carrés. D’ailleurs, ces-mêmes Américains offrent un parfait exemple de cette habitude que nous avons à organiser linéairement l’espace dans la configuration rectiligne et quadrillée des grandes villes.

Si les champs et les villes sont carrés, la page l’est aussi. Non seulement par sa forme qui s’affirme avec le codex mais par le schéma même des lignes qui précède ce format rectangulaire. Peu importe la forme du livre en effet, les lignes sont droites. Les Arabes et les Hébreux écrivent de droite à gauche, les Occidentaux de gauche à droite, certains Orientaux de haut en bas, mais tous organisent les signes de manière linéaire. Et il semble qu’à partir de ce schéma tout soit organisé de manière rectiligne. Les immeubles, les rues, les dalles et les pavés, les champs, les écrans des ordinateurs et des télévisions, les panneaux de publicité. Même lorsque les formes cherchent une certaine circularité, elles reviennent souvent à des points de repères échancrés ou pointus rappelant la cassure de l’angle d’un carré. Pensons à l’opéra de Sydney par exemple, ou à la tour de l’hôtel Burj-al-Arab à Dubaï. Pourquoi cette recherche de la courbe dans un monde où l’on est limité par la droite ?

En réalité, il semble assez logique que l’homme recherche ce qui est rond puisque le cercle est infini. La soif de l’infini le pousserait dans cette quête de la courbe alors même qu’il est limité par deux axes dans lesquels il veut comprendre la courbe, telle qu’il la perçoit, et toutes les autres choses. Dans la nature, tout est cercle, tout est cycle. Les saisons, la course du soleil, les planètes, les galaxies, la coupole des arbres. Pour saisir tout cela, on a besoin de placer des points et de tracer des lignes. On s’arrête aux solstices pour comprendre les saisons, on découpe les pommes et les oranges en quartiers et même, on inventa le cadran solaire : summum de l’effort de rendre carré ce qui est rond par essence ; la course du soleil, comprise dans un cadran !

Bref, il semblerait que l’omniprésence de la page -en tant que schéma linéaire et quadrilatéral d’expression et de création- soit le résultat d’un effort séculaire de poursuivre l’infini, de rechercher ce qui nous dépasse, de ne pas se contenter de ce que l’on est, c’est-à-dire de chercher à se sublimer, à atteindre l’inatteignable, à comprendre l’insaisissable.

J.-H. Gadd


[1] Michel Serres, Petite Poucette, éditions Le Pommier, 2012

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Veiller au grain

On imagine aisément l’origine de cette expression quand on sait qu’elle veut dire « faire attention », « être sur ses gardes ». On se dit qu’elle vient sûrement d’une époque où, avec la disette et la famine, les brigands attaquaient les greniers, et qu’il fallait veiller au grain emmagasiné dans les réserves. C’est en tout cas ce que moi, je me disais. Mais si grain (dans le sens de semence, de blé) peut faire penser que l’origine de l’expression est de l’ordre de la surveillance des greniers, il peut aussi faire référence au choix du grain dans une recette (de mauvais grain, jamais bon pain) ou encore à l’idée évangélique qu’un bon fruit provient d’un bon arbre et qu’il faut donc veiller à avoir un bon grain (dans le sens de semence cette fois-ci) pour avoir un bon résultat : c’est de la mauvaise graine ! Alors, pour vérifier, j’ai recherché les différents sens du mot grain et, au lieu de m’éclairer, ils m’ont plongé dans une multitude d’autres interprétations.

Grain est en effet aussi un terme de serrurier. Le grain c’est des petits bouts de fer qu’on ajoute au mélange de plomb pour forger des serrures. Veiller au grain aurait donc pu être l’invective de l’artisan à son apprenti pour que ses scellements soient assez solides.

Grain est encore une unité de mesure de la masse qui correspond à la soixante-douzième partie d’un gros ou à la vingt-quatrième partie d’un scrupule qui sont des divisions de la livre de Paris. En fait, cela correspond approximativement au poids d’un grain de froment ou d’orge. En bijouterie le grain est toujours utilisé comme unité de masse dans sa définition décimale valant 0,049 gramme environ pour mesurer le poids de lots de perles ou de diamants. « Tout cela ne pèse pas un grain » dit Madame de Sévigné. On peut donc imaginer que l’expression aurait pu venir encore une fois de ce qu’il faut faire attention à ce qui est petit, qui n’est pas grave (au sens de ce qui pèse peu) et qui peut donc nous échapper fort malencontreusement.

Objet pieux des catholiques, le chapelet est aussi formé de différents grains. Et on a dit souvent des faux dévots qu’ils étaient des prudes à gros grains désignant par là qu’ils bâclaient leurs dévotions (il y a cinq gros grains sur un chapelet, représentant les Pater de chaque dizaine, pour cinquante petits qui sont les Ave). Veiller au grain pourrait donc signifier faire correctement sa prière sans oublier un grain !

En outre, grain désigne souvent une petite chose, toute menue, mais qu’il ne faut pas oublier parce qu’elle peut avoir des conséquences plus grandes que soi (grain de sable dans un engrenage, grain de sel dans un plat, petit grain dans un soulier). On comprend donc qu’il faille y veiller, c’est-à-dire faire attention aux petits détails qui ont leur importance.

Dans le même esprit, le grain c’est aussi les petites aspérités qui couvrent la surface du cuir et de certains fruits. Encore une fois, cela désigne quelque chose de tout petit. Voltaire comparait la relativité de l’immensité des montagnes par rapport à la planète au grain d’une orange : « On a beau nous dire que ces montagnes de deux mille toises de hauteur ne sont rien par rapport à la terre qui a trois mille lieues de diamètre ; que c’est un grain de la peau d’une orange sur la rondeur de ce fruit, que ce n’est pas un pied sur trois mille. » On distingue aussi les cuirs d’un beau grain de ceux de moindre qualité. Alors veillons à ce que le grain soit beau, en faisant encore une fois attention aux détails.

Et le mot grain a encore beaucoup d’autre sens, même s’ils ne peuvent pas tous être à l’origine de l’expression qui nous intéresse (grain est par exemple un terme de construction en menuiserie. Le grain d’orge est un petit morceau de bois en forme de prisme que l’on enfonce dans les vides et les fentes d’une pièce de bois. Assemblage à grain d’orge se dit de deux pièces de bois dont l’une est taillée en angle aigu, l’autre en angle rentrant, de manière à s’emboîter exactement).

Le grain

Cependant, aucun de ces sens n’est à l’origine de l’expression veiller au grain. J’étais donc dans l’erreur… Peut-être étiez-vous moins incultes que moi, mais j’ai découvert récemment que cette expression est en fait d’origine maritime. Eh oui ! le grain désigne en fait, dans le vocabulaire marin, un changement subit dans l’atmosphère accompagné de violents coups de vent (Littré). Veiller au grain (ou parer au grain, on peut dire les deux), signifie donc rester attentif à la possibilité qu’un mauvais temps surprenne le navire dans sa course. Alors vous non plus, ne vous laissez pas surprendre, veillez au grain !

J.-H. Gadd

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La liberté d’expression de nos enfants

Et si c’était le désir de donner aux enfants la liberté de s’exprimer qui finissait par les en priver ? Les nombreuses violences subies par les professeurs dans les écoles, pas seulement ces derniers jours d’ailleurs, mais qui sont médiatisées tout à coup et qui s’accroissent aussi, me poussent à réfléchir à nouveau sur la question de la liberté, de la responsabilité mais encore sur celle du langage. Il y a quelques temps un article très intéressant a été publié par Nadia Daam[1] concernant l’éducation à la suédoise et ses conséquences néfastes sur le comportement de toute une génération d’adolescents qui se comporte comme des petits despotes (c’est en substance ce que disait l’article, même si l’auteur préférait l’expression génération de petits cons). Petits despotes parce qu’à force de lois les « protégeant », ces gamins peuvent « librement » s’en prendre aux adultes, ou à toute forme d’autorité, sans craindre de réprimande, sans risquer d’être sanctionnés. Alors, si l’on se place dans l’optique du progrès qui permet aux enfants d’être libres et de ne plus vivre sous le joug des adultes, un peu comme un peuple opprimé libéré de son dictateur, on peut légitimement penser que la société suédoise a réussi à montrer l’exemple et que ces enfants ont ce qu’ils méritaient.

C’est là qu’est l’os.

Ce qu’ils méritent ? Mais cette réflexion ne part absolument pas du principe de donner à l’enfant ce qu’il mérite, ni de lui procurer ce à quoi il a droit. En fait, cette forme d’éducation est mensongère et impie. J’ai mis entre guillemets le verbe « protéger » et l’adverbe « librement » parce que ces méthodes, selon moi, non seulement ne protègent pas mais plus grave encore, elles ne rendent pas libre. Or, qu’y a-t-il de pire qu’une éducation qui ne rend pas libre ? C’est le sens et le but mêmes de l’entreprise humaine d’émancipation. Petits despotes, ces gamins jouiront de leur pouvoir pendant un temps, mais de leur liberté jamais. Emprisonnés dans la servitude de leur fausse liberté, ils pallieront le manque d’autorité par l’abus de ce nouveau pouvoir (un peu factice) qui les entraîne en général vers quelque forme de violence, à l’égard d’autrui ou à l’égard de soi. Mensonge donc, cette éducation qui dit avoir donné aux enfants tout ce qu’ils voulaient sans leur avoir enseigné le pouvoir libérateur de l’obéissance ! Mensonge, cette éducation qui dit avoir affranchi les enfants du joug de leurs parents, sans leur avoir enseigné le sens de la responsabilité (res pondere : peser la chose) ! Mensonge enfin, cette éducation qui parle de liberté d’expression des enfants, sans leur apprendre à parler ou à écrire, sans leur enseigner la langue !

Gilles Vigneault est un poète et auteur-compositeur de chansons québécois.

Seul moyen d’expression qui nous sépare des animaux, la langue n’est pas accessoire ou facultative. Lorsqu’elle fait défaut, l’individu trouve d’autres moyens d’exprimer ses émotions. Les enfants-roi dont nous parlions ne semblent pas plus heureux que les enfants obéissants, et leur colère est évidente. Le problème n’est pas qu’elle le soit ou non, mais qu’eux la croient sue ou tue. Et quand on n’a pas la possibilité ni d’ordonner, de construire, d’analyser ses émotions pour en faire une pensée (libératrice en soi, déjà) ni encore moins d’exprimer par la langue la colère contenue, la porte de sortie est souvent – et logiquement – la violence. Un chien qui mord n’est pas un animal méchant mais incompris, l’ourse qui voit dans le promeneur pacifique un danger pour son ourson met fin à la menace d’un coup de griffes. Pourquoi un homo sapiens qui n’a que six-cents mots de vocabulaire et très peu de syntaxe à son acquis s’exprimerait-il autrement ?

Ne nous étonnons pas que la violence augmente proportionnellement à la baisse du niveau de langue général. Ne nous étonnons pas qu’elle soit plus forte dans certains quartiers où l’instruction est abandonnée et l’éducation frustrée. Je ne dis pas que la seule pauvreté du vocabulaire explique toutes les violences mais je pense, avec Alain Bentolila, linguiste et professeur à l’université Paris Descartes, que « La vraie violence se nourrit de l’impossibilité à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer. La vraie violence est muette. »

Le seul vrai travail d’éducation qui peut porter des fruits, en famille ou à l’école, c’est celui qui commence par l’organisation de la pensée. Oui, la pensée est accessible à tous, elle est faite d’images et de sons, d’odeurs et de rêves, de souvenirs et d’émotions. Mais elle ne se construit, se hiérarchise, s’organise, s’augmente et se sublime que par les mots, leur morphologie, leur syntaxe, leur sémantique, la précision du lexique. Elle devient un outil de liberté parce que celui qui comprend mieux est plus puissant. Celui qui écoute et qui interroge est avantagé. Celui qui précise et affine sa pensée est libéré de la nébuleuse prison de l’à-peu-près. « Chaque fois qu’à la maison ou à l’école on renonce à l’explication pour l’imprécision, chaque fois que l’on privilégie la connivence contre la distance, chaque fois que l’on préfère le préjugé à la découverte, on affaiblit le pouvoir d’ouverture, d’explication paisible et de critique lucide de la langue. » (Alain Bentolila) Dans mon métier d’enseignant, je vois des enfants utiliser un mot pour un autre tous les jours. C’est drôle lorsqu’il s’agit d’urinoir pour isoloir, ou de naturiste pour naturaliste, mais c’est triste en revanche, lorsqu’il s’agit d’angoisse pour anxiété, d’obéissance pour oppression. C’est triste lorsque devoir signifie systématiquement gageure ou pensum, et plus jamais fierté ou honneur, lorsque travail signifie sanction et non création, réalisation, entreprise. C’est triste surtout, lorsque n’importe quel mot générique est employé à défaut dans plus d’une centaine de situations différentes, parce qu’aucune précision, aucune nuance n’est possible ni en expression, ni même en conception, à des esprits limités par une trop faible connaissance de la langue.

Je ne me répéterai pas plus longtemps, mais si la langue sert à communiquer, c’est qu’elle est le pont entre des rives différentes, le moyen de franchir les barrières qui séparent les uns des autres. L’autre, c’est celui qui ne pense pas comme moi parce qu’il n’est pas moi, mais qui peut me comprendre parce que je peux lui parler et qu’il peut m’entendre. Alors que choisissons-nous ? Vivre chacun dans son îlot sur un océan peuplé de milliards d’îlots tous aussi isolés les uns que les autres ? ou bien bâtir des ponts, construire des barques, emprunter des passages ou faire soi-même le métier de passeur ?

J.-H. Gadd


[1] http://www.slate.fr/monde/83599/suede-generation-education-enfant-roi

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Le Yaaku plus menacé que la plupart des ours !

Être ou ne pas être ? c’est toujours la question pour bon nombre de langues et dialectes. Qui décide du statut ou de l’existence même d’une langue, d’un parler ? La question restera sans réponse. C’est plus facile pour les espèce animales, tant qu’il y a de la vie…

Ours bruns des Pyrénées

mais je me souviens d’un reportage de « C’est pas sorcier » dans les années 90 expliquant que les ours bruns avaient neuf chances sur dix de disparaître des Pyrénées dans les dix prochaines années… à cette époque on s’hasardait presque à ne plus seulement les déclarer « en voie de disparition dans les Pyrénées » mais carrément « éteints dans cette région ». On a bien fait de ne pas être trop prompt à prédire l’avenir ; en 2015 on a recensé au moins 29 individus.

Cependant l’Unesco a déjà fait son choix quant au Yaaku, langue africaine qui n’est plus parlée que par 7 personnes dans le monde. L’organisation l’a déjà déclarée éteinte. Pourtant, si ce dialecte kényan est en voie d’extinction aujourd’hui, il résiste (encore et toujours) et n’a pas dit son dernier mot, apparemment. Pour les ours bruns, il a suffi d’un peu de chance (plus de naissances de femelles qu’initialement prévues) et d’un coup de pouce de frère-homme qui a introduit des individus slovènes pour aider à la reproduction des ours pyrénéens. Mais pour une langue, symbole d’une culture, ces injections artificielles ne sont pas possibles. D’après le bilan de l’Unesco, cette petite communauté kenyane aux coutumes de chasse et de cueillette a rapidement été assimilée par les Maasai, éleveurs de bétails, ce qui a contribué à changer radicalement le mode de vie des Yakunte. Ainsi détournés de leurs coutumes ancestrales, « les Yaakus ont d’abord changé leur mode de vie et finalement leur identité ethnique et linguistique ». Cela-dit, on n’est pas tout à fait impuissant non plus face à cette situation. Comme le note le site Quartz, un dictionnaire a été publié en cette langue afin de s’ajouter aux nombreux efforts de résistance pour la sauver du péril où elle se trouve. Mais la communauté même des Yakunte est réduite, même parmi ceux qui ne parlent plus la langue d’origine. Sur les hauts plateaux de la vallée du grand Rift, on ne recense aujourd’hui plus que 4000 habitants de l’ethnie Yaaku.

La vallée du Grand Rift

De plus, alors que la communauté de résistants pleure la mort de sa doyenne Mme Naruato Matunge, à l’âge de 105 ans, 7 Yakunte seulement sont désormais capables de parler couramment Yaaku sans emprunter de mot au Maasai.

J.-H. Gadd

Post-Scriptum. Concernant l’article que j’ai publié le mois dernier sur les anciens livres et les rouleaux, j’ai appris une nouvelle anecdote qui pourrait intéresser mes lecteurs : j’y expliquais combien les copistes pouvaient être fatigués par le travail de reproduction des livres. Ce à tel point qu’il semble que certains scriptores aient même été ligotés à leur chaise jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ouvrage. On trouve dans un codex du IXe siècle, suivant la signature du copiste, la mention suivante : « une certaine partie du livre n’a pas été écrite librement mais sous la contrainte : on a dû lui attacher les jambes de la même manière qu’on lie un instable ou un fugueur. » De quoi faire frémir tous les ministres de l’éducation nationale des dernières décennies !

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Être au bout du rouleau

Ça nous arrive à tous, de temps en temps ça ne va pas, il semble que tous nos efforts soient vains et nous perdons pied. Alors on dit, de soi-même ou d’une personne qu’on a vue dans cet état, qu’elle est au bout du rouleau. Quelle étrange manière de s’exprimer ! D’où peut bien venir une expression aussi absconse ? Certains prétendront que l’expression fut inventée par un pauvre bougre qui s’agaçait chaque fois que le papier hygiénique lui manquait, d’autres diront qu’elle fut empruntée au jargon des peintres en bâtiment qui doivent retourner au seau de peinture lorsqu’ils ont épuisé le liquide emmagasiné dans l’éponge de leur rouleau. Mais aussi pittoresques que soient ces explications, aucune n’est vraie. En réalité, le seul rouleau auquel il est ici fait allusion est celui qu’on appelait autrefois le volumen et qui fut remplacé plus tard par le codex.

C’est cette origine qui nous permet de supposer que l’expression a été quelque peu détournée de son sens premier. En effet, un volumen (du latin volvere qui signifie rouler), ancêtre du livre, est un ensemble de feuillets collés les uns aux autres et dont l’ensemble est enroulé autour d’un bâton en bois ou en ivoire. Ce support d’écriture permettait aux anciens de ranger leurs écrits plus facilement que les anciennes tablettes d’argile qui prenaient beaucoup de place. On est donc au bout du rouleau lorsqu’on a fini sa lecture, qu’on a achevé sa tâche. A priori l’expression aurait donc pu prendre une tournure plus positive, insistant sur la satisfaction d’avoir terminé ce qu’on avait à faire. Mais apparemment très long et un peu ennuyeux, certains rouleaux ont tellement dégoûté les lecteurs qu’ils ont préféré immortaliser dans cette expression leur exténuation après l’effort de la lecture plutôt que le plaisir que leur procurait l’achèvement. Une autre hypothèse, surement plus probable, est que l’expression vienne du milieu des copistes qui avait à écrire sur les rouleaux et non à les lire. Le fastidieux travail de copie les ayant épuisés, ces scribes auraient été recrus de fatigue en arrivant au bout du rouleau.

Heureusement, tous les livres ne sont pas assommants au point de nous désespérer de la sorte. De plus, le codex ayant remplacé le volumen depuis plusieurs siècles, c’est la forme rectangulaire du livre qui a pris le dessus. Cette forme a eu l’avantage d’offrir la possibilité de structurer les œuvres à l’aide de chapitres, d’un sommaire ou d’une table des matières. Elle a permis d’avoir accès en très peu de temps à un moment précis du livre, de revenir en arrière ou de se projeter vers l’avant. Le livre tel que nous le connaissons justifierait donc que l’on change l’expression être au bout du rouleau en avoir refermé son livre. Cela-dit, il est peut-être un peu tard. En effet, ce livre tel que nous le connaissons disparaît à son tour au profit de l’écran. Si le numérique permet également l’utilisation d’un sommaire (et même d’un sommaire interactif), il n’offre en revanche aucune vue d’ensemble réelle de l’œuvre (on ne voit qu’une seule page à la fois) et l’on recommence donc, comme au temps des volumen antiques, à dérouler et enrouler les pages que l’on lit au fur et à mesure qu’on les lit.

J.-H. Gadd

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Le charme d’Adam, c’est d’être à poil !

Mais qu’est-ce que c’est que ce titre ? qu’est-ce qui lui prend tout à coup ?! Non, ceci ne sera pas un article sur la libido d’Eve, mais plutôt un moyen mnémotechnique qui peut aider à différencier deux essences forestières assez ressemblantes : le charme et le hêtre. Ces deux essences sont très courantes en France métropolitaine et il est souvent difficile de les différencier quand on ne s’y connaît pas vraiment. Leur troncs, bien qu’ils ne soient pas identiques, sont lisses tous les deux, les deux arbres se ressemblent et leurs feuilles ont exactement la même forme, de loin du moins.

En réalité ces arbres sont très différents. Si le charme et le hêtre ont tous les deux un tronc lisse, celui du charme a une surface cannelée qui lui donne un aspect de muscles contractés alors que celui du hêtre a une surface régulière. Le fruit du hêtre est la faîne, sorte de petite châtaigne triangulaire alors que ceux du charme, regroupés en grappes, sont des samares, c’est-à-dire des akènes muni d’une excroissance en forme d’aile, comme les fruits des érables par exemple (qui tombent de l’arbre en virevoltant tels des hélicoptères). De plus, l’utilisation qu’on fait de leur bois les distingue également. Le bois de hêtre est facile à usiner et plutôt flexible, ce qui en fait l’essence possédant le meilleur rapport solidité / facilité-de-travail. Le bois de charme, au contraire, est très dur et difficile à ouvrer. On l’utilise principalement pour les étals de boucher ou les manches de certains outils, pour sa solidité justement. C’est également l’une des essences qui possède les plus grandes qualités calorifiques : très dur, il brûle lentement en générant beaucoup de chaleur, son charbon de bois était très prisé dans les forges.

Ces deux essences sont donc loin d’être identiques. Cela-dit, pour les différencier en forêt, on a pas toujours la mémoire nécessaire pour retenir tout ça, alors, quand on est pas un botaniste expérimenté, on peut toujours observer les feuilles de plus près (sauf en hiver…) et se rappeler la formule suivante : « le charme d’Adam, c’est d’être à poil », autrement dit : la feuille de charme est dentelée (à dents) alors que celle du hêtre est poilue au printemps (à poils) et lisse le reste de l’année, donc nue.

Sur ce montage, on peut voir à gauche des feuilles de charme dentelées et à droite, on peut observer les poils de la feuille de hêtre

J.-H. Gadd

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Expressions et vocables lorrains

Nombreuses sont les régions françaises qui possèdent une identité forte et un vocabulaire particulier. J’ai déjà parlé de la Bretagne et de la Provence qui, comme d’autres régions, conservent un patrimoine linguistique fort. D’autres régions possèdent également un patois, un dialecte ou les vestiges d’un parler local. Je me suis intéressé aujourd’hui aux expressions courantes de Lorraine, double héritage d’une histoire proprement régionale et d’une appartenance successive à deux nations frontalières et souvent rivales : l’Allemagne et la France.

En effet, beaucoup d’expressions, de mots ou d’onomatopées utilisés par les Lorrains sont des mots d’origine allemande ou du moins à consonance germanique. Ainsi, on ne pulvérise pas de l’eau savonneuse sur les vitres à l’aide d’un pchitt-pchitt mais on la spritz ! (prononcez chpritsse) en général, tout ce qui éclabousse le reste des Français, spritz les Lorrains. D’ailleurs, si vous leur spritzez du savon en pleine figure, ils vont faire une drôle de schness ! (une drôle de tête bien sûr…) On dit aussi spatz pour désigner les oiseaux en général et c’est schtrack pour quelque chose de durci (une viande trop cuite par exemple). Il y a aussi un mot qui est utilisé quotidiennement par les Lorrains pour désigner certain type de pâtisseries. L’escargot se dit schneck en allemand et c’est ainsi qu’ils appellent toute pâtisserie qui aurait la forme d’un escargot : un pain au raisin

Un schneck au chocolat, avec son glaçage...

(seulement s’il a cette forme-là), ou bien diverses pâtisseries au chocolat. Mais quand on parle de viennoiserie en Lorraine, on ne parle pas de la même chose que dans le reste de l’hexagone. Les Lorrains confectionnent des croissants, des chocolatines, des escargots (schneck) comme partout, mais souvent fourrés à la crème pâtissière ou chocolatée et en tout cas presque toujours recouverts d’un glaçage au sucre. Il est parfois difficile d’y trouver un simple croissant au beurre (bien qu’il existe également) auquel ne soit ajouté ni glaçage ni remplissage.

Il faut rappeler que les expressions que j’ai recensées n’existent pas toutes au même endroit. La Lorraine est une grande région et les Vosgiens n’ont pas toujours le même langage que les Mosellans ou les Meusiens. En Meuse par exemple, la prononciation de la réponse affirmative la plus simple est étonnante ; les meusiens ne prononcent pas oui, mais üi en avançant les lèvres comme Monsieur Jourdain. Tous les Lorrains en revanche prononcent vinte pour vingt (comme les Belges et les Suisses d’ailleurs). Presque tous également utilisent l’adjectif nareux pour désigner une personne facilement dégoûtée ou simplement gênée par les petits manques d’hygiène au quotidien. Si vous refusez de boire au même verre que votre compagnon, on vous dira que vous êtes nareuse. On dira de quelque chose de caoutchouteux que c’est kaugumi, et dans une chambre à l’atmosphère particulièrement froide on dira qu’il fait cru. Il fait cru se rapporte uniquement à l’état d’une pièce qui n’a pas été chauffée depuis un moment et donc pas à un froid extérieur par exemple. S’il fait vraiment cru dans une pièce, il arrive au Lorrains de ne plus sentir leurs douilles (comprendre les orteils). Finalement, si tous les Français utilisent l’expression raccourcie « entre midi et deux » pour désigner la période de pause située généralement entre midi et deux heures de l’après-midi, les Lorrains la raccourcissent plus encore et disent simplement « entre midi », ce qui peut étonner les touristes…

Toutes ces expressions font le charme d’une région toute particulière et au parler singulier. Française, allemande, mais avant tout profondément unique, la Lorraine a ses propres expressions et les Lorrains leurs habitudes ; alors gare à qui mettra du fromage dans sa quiche !

J.-H. Gadd

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Quelques lectures pour l’été…

Alors que la plupart des vacanciers a déjà installé des serviettes sur les plages, voici quelques idées de lectures estivales. Yves Bonnefoy est décédé au début de l’été et je ne peux que vous conseiller la lecture de son œuvre. Qu’il me soit permis de dire également que la BNF édite ses œuvres et conférences en CD audio pour lui rendre hommage. Cela dit, je serais de mauvaise foy si je vous disais que la plage est le meilleur endroit pour lire ou entendre le grand poète, traducteur de Shakespeare et héritier de Rimbaud.

Alors j’ai pensé à quelque chose d’un peu plus léger, d’un peu plus… vacances ! Tout d’abord Richard Bach m’a enchanté à travers la lecture des chroniques des furets. Cet univers merveilleux met en scène de petits rongeurs toujours en quête d’au-delà. Plusieurs volets existent en traduction française : Furets des airs à la conquête du ciel, Furets des mers à la rescousse, Furets écrivains à la poursuite du rêve. Pour qui aime rêver, l’écriture de Bach permet de laisser voguer son esprit vers des contrées où la magie ne se trouve pas dans le merveilleux mais dans le quotidien. Les furets sont de petits animaux représentant la plus belle part de l’âme humaine. Que ce soit Tornade aux commandes de son avion-cargot, Béthanie Furet partant sauver des naufragés à bord d’un zodiac de sauvetage, ou encore Philémon Furet reprenant jour et nuit ses pattuscrits pour les envoyer à l’éditeur, à chaque fois, le lecteur est plongé dans la vie ordinaire de personnages extraordinaires par leur dévouement, leur joie de vivre et leur enthousiasme.

Et puis, la meilleure surprise de l’été a été pour moi la découverte d’Olivier Bourdeaut à travers la lecture de En attendant Bojangles. Ce « roman de plage » est une œuvre d’une sensibilité tragique et d’une grande tendresse en même temps que d’une folie joyeuse et entraînante. On aurait pu l’appeler L’autre vie du Petit Nicolas considérant le style choisi donnant la parole à un narrateur-enfant la plupart du temps et dévoilant par là toute la gravité d’un regard simple sur la vie. On aurait encore pu l’intituler La tragédie du bonheur puisque cette œuvre parle avant tout d’une famille qui a choisi d’être heureuse à travers le mensonge, mensonge qui n’est que le reflet d’une poésie vécue à fond, comme l’est toute littérature. C’est pourquoi ce « roman de plage » est à la fois facile à lire et captivant, mais en même temps un puits de réflexion sur la vie et sur la littérature elle-même. En jouant leur vie comme les acteurs d’une farce, les personnages plongent le lecteur dans l’univers des années folles. Tout semble danser au rythme de Bojangles, jusqu’à ce que le quarante-cinq-tours ait fini son tube… que se passe-t-il alors, quand la musique s’arrête ?

J.-H. Gadd

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Rôle et personnage

« As-tu rencontré ton personnage avant de nous en donner le rôle ? » disent souvent les grands maîtres d’art dramatique à leurs élèves. Rencontrer un personnage, le connaître toujours mieux jusqu’à ce qu’il lui soit plus familier que n’importe qui est le travail du comédien avant d’aborder le texte de la brochure.

Qui est-il ce personnage ? C’est le type qui parle dans la pièce mais en tant qu’il préexiste à la pièce et qu’il continue à vivre après (si toutefois la pièce ne représente pas sa mort). Ce qu’il dit ou fait dans le temps et l’espace délimités par la pièce, c’est le rôle. Alors jouer la comédie, c’est apprendre à incarner un personnage que l’on connaît grâce au rôle qui a été écrit d’après lui, mais qui est beaucoup plus large que ce rôle.

Donnons un exemple. Une femme présente ses parents pour la première fois à son compagnon. Le type en question rencontre sa belle-mère et s’en fait une idée. Il ne la connaissait pas la veille, maintenant si. Cependant sa compagne connaît mieux sa mère que lui, puisqu’il ne l’a vue que lors d’un repas de famille. Pendant ce repas, chacun a joué le rôle qui lui était imparti par des tas de facteurs : les règles de la bonne société, la spontanéité ou la timidité naturelle, la joie de rencontrer son gendre ou sa belle-mère, ou au contraire l’appréhension d’être mal apprécié, etc. Notre bonhomme connaît donc le rôle qu’a joué Madame X (personnage) lors d’un repas de famille (situation spatio-temporelle de la pièce). Sa compagne en revanche, côtoie sa mère depuis beaucoup plus longtemps et a une connaissance beaucoup plus profonde du personnage.

Le travail du comédien n’est pas seulement de connaître le rôle, c’est-à-dire ce qui est indiqué du personnage dans la brochure, pour un temps et dans un espace délimité. Il doit rebrousser en arrière dans la vie du personnage afin de le connaître assez bien pour savoir comment il aurait agi en n’importe quelle situation, pas seulement dans une situation qui ressemblerait à celle de la pièce.

Ce qu’ont fait certains grands auteurs de sagas au XIXe siècle, je pense notamment à Balzac ou Zola est assez proche du travail du comédien. Des personnages comme Vautrin, Mme de Beauséant ou encore les Lantier ou d’autres personnages des Rougon-Macquart, se retrouvent dans plusieurs romans dont les histoires se recoupent. Ce procédé leur confère une vie propre qui dépasse l’entendement d’un roman délimité dans un espace-temps.

Les grands adeptes de séries télévisées observent le même phénomène appliqué à leur propre vision des personnages. Un individu lambda qui aurait visionné les dix ou onze saisons de NCIS pourrait aisément faire le portrait d’Anthony Dinozzo par exemple comme s’il s’agissait d’un proche. La quantité de situations dans laquelle on retrouve le personnage et la particularité monolithique de son caractère en font un être vivant que le téléspectateur sentira comme réellement existant ; soit qu’il le trouve drôle, soit qu’il le méprise, soit qu’il l’aime, soit que ce personnage le laisse indifférent. Mais cet être de fiction acquiert en tout cas une existence qui ne lui est pas tant conférée par l’écriture du scénario que par l’assiduité du téléspectateur.

Dans une pièce de théâtre classique un rôle principal occupe environ une heure et demie sur le plateau. Pour le comédien, le travail ne consiste pas à montrer à tout prix au public tout ce qu’on a compris sur le personnage en plusieurs années de travail. Cela serait assez ennuyeux parce qu’on chercherait à démontrer et on en ferait trop, ce serait surjoué. Au contraire le comédien doit arriver sur le plateau en ayant assez côtoyé le personnage de son rôle pour être capable d’interpréter ce rôle comme l’aurait fait le personnage lui-même ! Il n’y a donc pas d’exagération artificielle qui rendrait le jeu ennuyant pour le public. Il y a un rôle interprété sobrement par un comédien qui a su prêter son corps et ses moyens physiques pour que le personnage se réincarne en lui, une fois de plus.

La poursuite de cette simplicité dans la représentation des faits et gestes d’un personnage est la clé de réussite pour le comédien. C’est ce qui a fait dire à Lucien Guitry, lorsqu’on lui demanda si jouer la comédie était un métier bien difficile : « ça n’est pas difficile, c’est impossible ! »

J.-H. Gadd

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Je vais vous dire ceci : que cela dit, j’aurai tout dit sur ceci…

Nombreuses sont les occasions où l’on écorche le français dans le langage courant. Parmi les plus courantes se glisse la confusion dans l’utilisation de ceci et de cela, de ci et de ça, de li[1] et de . On apprend souvent à l’école qu’il faut utiliser les mots en « i » pour ce qui est proche et les mots en « a » pour ce qui est plus éloigné. C’est souvent le cas, mais attention, car tel n’est pas le seul critère.

Si l’on considère en effet la phrase : « ceci explique cela » – bien qu’elle soit trop usitée à mon goût, on y trouve justement une bonne démonstration de l’énonciation implicite de ce qui est proche (ceci) opposé à ce qui est plus lointain (cela). On dira donc aussi : « Un homme entra dans l’auberge, suivi de peu par une jeune femme ; celle-ci dut rester debout car celui-là n’eut pas la délicatesse de lui offrir sa chaise » utilisant ci pour désigner le personnage le plus proche (ici, la jeune femme) et pour désigner le personnage cité plus loin (un homme).

Attention, si vous continuez à lire cet article, vous aurez des nœuds au cerveau...

Cela dit, ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est surtout la règle selon laquelle cela désigne ce qui a été dit et ceci ce qui reste à dire. On entend beaucoup de gens répéter à tire-larigot l’expression ceci dit au lieu de cela dit. Cette expression n’est pas correcte, même si l’usage finira peut-être par lui donner ses lettres de noblesses. Je m’explique : si je viens de dire quelque chose et que je cherche à faire une transition, je dois dire cela dit, me référant à ce que j’ai dit plus haut, c’est-à-dire à ce qui a déjà été dit avant de passer à la suite. « On ne peut donc pas dire ou écrire ceci dit, il faut dire ou écrire cela dit. Le succès usurpé de ceci dit semble provenir de l’assonance entre ceci et dit. »[2] En revanche, ceci est correct en introduction d’un discours. Par exemple : « Je vais vous dire ceci : la France est un merveilleux pays ! » mais pas autrement, d’où la difficulté de l’utiliser avec dit, bien que ce ne soit pas impossible. Si vous tenez absolument à utiliser l’expression ceci dit en effet, vous pouvez le faire, mais dans ce cas l’expression introduit une parenthèse préliminaire à un discours et elle est alors synonyme de une fois qu’on a dit que… on… Par exemple : « Ceci dit, que la France est un beau pays, il faut encore décider de ce qu’on en fait ».

Ceci dit, que le i annonce quand le a rappelle, fonctionne également avec voici et voilà. Cela dit, je conclurai donc ce que voici : voilà qui était à dire, cela a été dit.

...eh oui, belle prise de tête, on vous l'avait bien dit !

J.-H. Gadd


[1] Je remercie ceux qui auraient été vérifier l’existence de cet adverbe dans un dictionnaire. C’est me faire beaucoup d’honneur de préférer douter de soi plutôt que de mon humble personne. Néanmoins, et au risque de contredire Descartes, je pense qu’il ne faut pas douter de tout, en tout cas, vous pouvez vous faire confiance si vous avez tout de suite pensé qu’il s’agissait plutôt d’une plaisanterie un peu vaseuse consistant à remplacer l’adverbe « ici » par un mot inventé pour conserver malicieusement la consonance.

[2] Article « Fautes de français », encyclopédie en ligne Wikipédia.

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